Le choc du vertige

            Je lis, je regarde, j’écoute, quand soudainement ou petit à petit, des mains se resserrent autour de ma gorge ; la poitrine semble se convulser comme si à l’intérieur de moi s’agitaient de curieux phénomènes que la science ne pourrait expliquer. En moi se crée un vide plein ou un plein vide chatouillant, secouant mon être qui dans une vaine résistance veut rester droit et fier mais face à cet étrange vide, l’étrange appel de l’abîme intérieur, voilà qu’un choc se produit. Je suis pris d’un vertige. Je ne suis plus droit, je ne suis plus le roc face au vent. Je tombe.

            Voici le choc du vertige ou comme l’appelait Roland Barthes, dans une certaine mesure en cela qu’il est l’une des conséquences, voire amène à cela : la naissance du lecteur ; qui parfois indépendamment des intentions de l’auteur, va prendre l’œuvre pour lui-même.

            Le choc du vertige est donc le tremblement d’âme qu’une œuvre procure à son récepteur. Elle lui fait ressentir des émotions que peut-être lui-même ne soupçonnait pas, lui faisant ainsi découvrir une sorte d’abîme qui comme tout gouffre, restera gravé profondément. Ce choc qui peut être plus ou moins brutal, change le récepteur de façon très personnelle. Ce changement entraine une sorte de quête parfois parmi les œuvres, qui pour être satisfaite, hiérarchise les objets selon le niveau de choc. Le choc du vertige peut donc être une porte grande ouverte pour l’immense jardin culturel dans la mesure faisant que le mot « vertige » prend un double sens, où le sentiment de vertige peut se faire ressentir à la vue du nombre sidérant d’œuvres culturelles apportant, dans le meilleurs des cas, l’ouverture d’esprit.

            Ce choc est totalement subjectif, son arrivée peut se faire là où l’auteur s’y attend le moins d’où le fait qu’il puisse être l’une des conséquences et pourquoi pas prémices de cette naissance du lecteur. Son ressenti peut arriver au moment où quelque chose fait écho en lui.

            Si tant est que cet évènement intérieur existe, il est intéressant de voir que le sujet puisse refuser tout abaissement de niveau quant à la valeur qualitative des œuvres dans l’espoir de pouvoir un jour ressentir à nouveau son vertige.

            La subjectivité du choc du vertige lui permet d’innombrables potentielles apparitions dont la multiplication pourrait s’exprimer ainsi : la totalité d’humains multiplié par la totalité d’œuvres émanant des diverses cultures, sans oublier l’intensité du ressenti et sa manifestation propre à l’individu.

            Personne n’est à l’abri ou n’est insensible au choc du vertige, puissant évènement chamboulant un être, lui faisant changer de point de vue et partir en quête d’un nouveau tremblement d’âme.

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