Marilyn Manson, le gothique à l’exécution de l’Amérique

Marilyn Manson : Le gothique à l’exécution de l’Amérique

 

Depuis le début de sa carrière, Marilyn Manson est en croisade. Des textes virulents et sans concessions, un visuel horrifique, il est devenu le cauchemar de l’Amérique puritaine, conservatrice et religieuse. Dans son approche de l’étrange qui manie avec brio, le fantastique et le choc, Marilyn Manson s’inscrit dans un genre bien particulier : le gothique. Ce genre n’est pas utilisé par hasard, il est mis en action dans toute sa dimension vouée à détruire le refoulement de l’histoire perpétrée par le mythe dans un pays bercé par les mythes nationaux. Ici nous allons non pas nous arrêter sur chaque chanson, mais prendre des exemples, décoder les textes, voir en quoi et comment ils s’inscrivent dans le gothique ; et ensuite nous termineront sur le visuel Mansonesque allant de pair avec la démarche engagée par ses paroles ce qui nécessitera, dans certains cas, de faire un lien, de remettre en perspective les textes avec le contexte social américain.

 

Heaven Upside Down

Tout d’abord : qu’est-ce que j’entends par gothique et celui particulier qu’utilise Marilyn Manson ? Voici une courte définition du genre par Theresa Goddu : « le gothique remet en question le monde idéal du mythe national par le cauchemar de l’histoire ». Cette définition est donnée en parlant du gothique en tant que genre littéraire américain, nous allons le voir dans les lignes qui suivent, la démarche de Marilyn Manson suit la droite lignée du genre. Cependant elle se base moins sur l’histoire ancienne (guerre de sécession, massacre de fort Alamo, esclavage…etc.) que sur le présent. Le gothique de Manson se joue avec l’histoire présente (victimes de colombine, assassinat du docteur Gunn, extrémisme religieux, paranoïa…etc.) pour critiquer le mythe national américain ou encore du « best system in the world ».

Mais qu’entends-je par mythe ? Tout d’abord au sens de Roland Barthes, le mythe est une parole. Il fait passer des faits en nature et permet une récupération idéologique. Il est un discours, un message, une image…etc. En bref une parole. Ainsi les mythes nationaux, peu importe le pays, ont pour vocation de cacher les horreurs de l’histoire, faire disparaitre les cadavres au profit d’une belle histoire enlevant la parole aux victimes de quelques bords que ce soit, justifiant l’état des choses actuel, les faisant passer pour nature. C’est cela que combat le genre gothique. Il a pour but la destruction de la déformation de la vérité perpétré par le mythe. La définition de René Girard à ce titre est exemplaire : « Le mythe est une parole, un langage ayant généralement pour but la cohésion sociale ou une justification du monde ».

 

We are The Nobodies

Dans ses textes, Manson n’a de cesse de soulever les contradictions de l’Amérique et la violence refoulée. Avec Get Your Gunn dans l’album Portrait of an Amercian Family il fait référence à l’assassinat du docteur David Gunn par des anti-avortement disant agir pour Dieu. Il soulève entre autres dans cette chose que mettre fin à la vie d’un fœtus est inadmissible mais un adulte, cela reste acceptable. Ces personnes se disent « pro-vie » mais dans la radicalité dans laquelle ils s’enferment, les fait pourtant commettre un acte irréparable en enlevant la vie du docteur David Gunn un médecin défendant le droit à l’avortement.

Dans cette visée, celle de dévoiler le fond violent des Etats-Unis, l’album est jonché d’extraits audio de plusieurs œuvres culturelles allant du Dernier Tango à Paris à la conférence de Budd Dwyer, un homme politique s’étant suicidé devant la foule face caméra. Ces passages, loin d’être gratuits remémorent des moments violents ou dévoilent cette violence encrée en profondeur ; si dans la démarche cela offusque, peut-être faudrait-il se demander pourquoi ? Et pourquoi vouloir les oublier si une telle volonté est présente ?

Si l’on devait résumer l’album cela se ferait par un vers de la chanson Dogma : « You Cannot sedate all the things you hate ». Dont la traduction est : « Vous ne pouvez pas mettre sous sédatif toutes les choses que vous haïssez ». En sommes, dissimuler des choses violentes aux enfants à travers des morales simplistes est plus dangereux, néfaste qu’autre chose ; les baigner dans « les méchants et les gentils » ou dans un environnement ne devant être que positivité. Les évènements sont parfois plus complexes, que la réponse simpliste apportée. Tout ne peut pas passer au bocard de la bienséance pour être refoulé. Il faudrait se rendre compte de la violence dans laquelle baigne la société et dont elle se repait chaque jour. La culture est jonchée d’une violence latente : Hannibal (série et films), Avengers, Marche ou Crève, Ca, Kill Bill, le Grand-guignol, Judith tranchant la tête de Holopherne, la passion du Christ…etc. Sans oublier entre autres la violence symbolique dénoncée par le sociologue Pierre Bourdieu.

 

Mais c’est avec Antichrist Superstar que la réflexion ira plus loin. Non seulement afin de provoquer, il se nomme lui-même l’antéchrist superstar et par ce fait invoque une peur religieuse qu’il ne cessera d’incarner : celle de l’antéchrist ; un personnage (ou groupe de personnages) maléfique commun à l’islam et au christianisme sensé apparaître les jours précédant la fin du monde. Dans la compréhension populaire il est assimilé à « l’homme du péché », « la bête », un humain passé sous la domination de Satan, prêchant une « fausse » religion, celui niant Jésus et Dieu (bien que les écrits semblent plus définir une sorte de « faux prophète » détournant les croyants de Jésus). En plus de cela, en lecteur de Nietzche, le titre est bien une référence à un livre du philosophe portant le nom de L’Antéchrist dans lequel il attaque la religion chrétienne avec virulence en tant que religion nihiliste, décadente, galvanisant la faiblesse et se faisant empêchant la « belle humeur ».

Dans cet album rock-opéra (c’est-à-dire que toutes les chansons réunies racontent une histoire), Manson nous conte le récit d’un ver (« worm » en anglais) devenant un surhomme au sens  du philosophe Nietzche, c’est-à-dire quelqu’un s’étant élevé parmi tous les autres humains par la force de la culture et de l’intellect, ayant dépassé ses conflits intérieurs, le fanatisme et donc devient un antéchrist pour la religion ou idéologies quelle qu’elles puissent être, tant ces deux peuvent emmener à un obscurantisme et à une non-recherche du savoir. Il est toutefois incomplet car nihiliste, il n’est pas un « oui à la vie » que prône Nietzche.

Ainsi cette figure horrifiante est vue pour inciter à croire en soi, éviter un quelconque obscurantisme, croire en soi plutôt qu’à un dieu et en ses dogmes (Nietzche n’a-t-il pas dit que Dieu est mort ?). La religion, l’un de ses thèmes récurrents est dénoncée dans toute son emprise (le premier cycle de cet album découpé en trois a pour thème le ver – le wormboy – sous l’emprise d’une éducation religieuse mais celui-ci va vouloir s’en défaire et avoir ses propres valeurs, sa propre éthique). Toutefois elle n’est pas la seule cible, la vanité, l’outrecuidance, ceux qui rabaissent sont The Beautiful People ; chanson que l’on peut voir aussi comme une illustration du manque de débat et de l’écrasement des autres notamment avec les vers « It’s not your fault that you’re always wrong / The weak ones are there to justify the strong » (traduction : Ce n’est pas ta faute si tu as toujours faux / Le faible est là pour justifier le fort).

 

C’est avec l’album Holy Wood que Marilyn Manson atteint son plus haut niveau de pertinence et la renommée que nous lui connaissons. Fait à la suite de la tuerie de Colombine dont il fut accusé d’avoir perpétrée en pervertissant la jeunesse tout comme les jeux vidéo, l’album est l’un des plus virulents de l’artiste à l’égard de la société qui l’accuse lui, plutôt que de se regarder elle-même. C’est un mécanisme de bouc émissaire comme l’exprime René Girard dans La violence et le sacré, une victime (nommée la victime émissaire par l’anthropologue) est désignée pour expliquer tous les maux, la violence d’une société. Ce mécanisme vient ainsi dissimuler la vérité de la violence des hommes.

Sur la pochette il se représente crucifié, la mâchoire arrachée symbole d’une parole qu’on ne lui laisse pas. La crucifixion lui colle ainsi l’image de Jésus (alors qu’il est censé être l’antéchrist l’image en devient alors bien plus provoquante en jouant sur les contraires), car il a voulu dire ce qui n’allait pas (Portrait of a american family et Antichrist Superstar) et se retrouve martyrisé en place public sans possibilités de défense dans ce qui se dit pourtant le pays rependant la démocratie (comme l’explique l’artiste dans un extrait du film Bowling For Columbine réalisé par Michae Moore). Il faut rappeler que durant ce tragique évènement des causes et des responsables (Marilyn Manson, la musique rock et les jeux vidéo) ont été pointé du doigt, apportant des solutions simples à un problème nécessitant des études et des réponses plus complexes tout en affrontant son propre reflet. Par exemple remettre en cause la prolifération des armes à feux, la violence dont fait preuve le pays à l’intérieur comme à l’extérieur…etc. Des cibles ont été visées sans débats, sans preuves. Mais cet album sera la parole de Marilyn Manson et une parole des plus acerbe sur l’Amérique.

Colombine, si elle n’a pas été le plus gros cas de shool-shooting (Littéralement « tir à l’école » le terme désigne les fusillades ayant lieu dans les établissements scolaires souvent perpétrés par des étudiants du dit établissement), fut toutefois l’une des plus médiatisée. Cette médiatisation n’a pas servi à comprendre le fond du problème (culture, libre circulation d’armes à feux…etc.), à porter une analyse profonde sur les raisons ayant produit un tel désastre et à agir dessus mais est venu donner en pâture le corps des morts aux caméras pour la dévorante audience ; bien entendu en renforçant aussi, le mythe national bien que remis en question par quelques voix lors de ces évènements. Pas de réelle remise en cause sur un quelconque disfonctionnement. La stratégie fut celle de prendre un bouc émissaire qui se faisant, rassemble le corps social, évite qu’il se délite et évite la remise en cause de la société elle-même ; par ce fait on renforce la cohésion du groupe autour d’un mythe. Faisant oublier l’innocence du bouc émissaire alors responsable de tout.

C’est de cela dont parle The Nobodies dont la traduction donnerait : Ceux qui ne sont rien. Impersonnalité de la mort dans la médiatisation, dont le texte nomme ce qu’il se passe, les gens n’ont d’importance que dans leurs morts médiatiques. Tout le monde se fichait de ces adolescents avant la tuerie et ceci illustré par :

We are the nobodies

(Nous sommes ceux qui ne sont rien)

Wanna be somebodies

(Voulant devenir quelqu’un)

When we’re dead

(Quand nous serons morts)

They’ll know just who we are

(Ils sauront qui nous sommes)

 

C’est aussi une description de ces tueurs qui, par la mort d’autres individus, cherchent à prouver qu’ils existent si l’on en croit Bernard Stiegler. Ils sont en proie à un effondrement narcissique où l’amour de soi n’est que néant. L’illustration que fait le texte est forte en décrivant en finalité, une extrême solitude. Une solitude seulement brisée lors d’un drame. En fond, la question pourrait-être : qui porte une oreille attentive à l’enfant ? Ne pas dire mais écouter. C’est quelque chose que l’artiste a soulevé lors d’une interview de Michael Moore pour son film Bowling For Columbine. Lorsque Moore demande à Manson ce qu’il dirait à ces jeunes (victimes des shools shootings ou autres), celui-ci répond qu’il ne dirait rien et qu’il écouterait car c’est de ça dont ils ont besoin.

Tout en étant des métaphores les 4 ieme et 5 ieme couplets sont très explicites à propos de la façon dont se passe la médiatisation de ces évènements dramatique. :

Some children dies the other day

(Des enfants sont mort l’autre jour)

We fed machine and they we prayed

(Nous avons nourri une machine et nous avons priés)

Pucked up and down in a morbid faith

(Vomissant dans une foi morbide)

You should seen rating that day

(Vous auriez dû voir les audiences ce jour-là)

Le premier vers fait directement allusion à la tuerie de Colombine lorsque nous savons que l’album est fait à la suite de l’évènement, sinon, il fait allusion à n’importe quel shool shooting.

Avec le deuxième vers, la machine en question peut-être tant la machine médiatique qui fut nourrie des corps tués, que le gouvernement lui-même vendant des armes que le peuple achète en masse (pour rappel la vente d’armes allant jusqu’aux fusils d’assauts est très facile aux Etats-Unis et représente un business très lucratif farouchement défendu par la NRA, National Rifle Association qui défend la vente d’armes de tous types) ; ce peut être tout aussi bien la machine patriotique qui fut réactivée au moment du désastre (comme à chaque évènement de ce genre où on fait communier les citoyens vers le pays sans poser la moindre question). Dans le clip la machine prend des allures de monstre dégustant des enfants. Avec la deuxième partie du vers, « and then we prayed », nous avons là la communion autour de l’évènement (je ne peux m’empêcher de penser à « je suis Charlie »), puis plus rien. Retour à la normal, pas d’agissements.

Le troisième vers, lorsqu’il parle de « vomi dans une foi morbide », ce sont les paroles lancées à tout va n’ayant pour but que le sensationnel et les réponses toutes faites. On vomi ici et là, sans débat constructif accomplissant ainsi du sensationnel médiatique. Tandis que la foi morbide peut-être tant la patriotique dont la parole écrase tout ce qui la contredit, pas de place au débat, il faut aimer le pays et si tu n’es pas d’accord alors tu es contre le pays ; cela peut-être aussi la foi religieuse apportant aussi son lot de réponses toute faites ou bien n’importe quelle foi aveugle comme l’audimat puisque nous parlons de médias. En bref une foi étrange qui, pour chacune d’entre elles, prône l’amour mais incite à une haine, à écarter tout débat possible et parler sans écouter.

Le dernier vers, parle directement des audiences. La mort de ces adolescents a avant tout servi l’audience médiatique et l’argent récolté. Ce qui donnerait un sens au monstre du clip incarné par Manson, jetant des pièces à deux énergumènes parés de blanc, venant lui montrer des photos d’yeux en très gros plans effrayés. Le monstre donne ce que ces personnages veulent, l’argent pour la terreur qu’ils diffusent avec leurs images.

C’est aussi la cohésion ou fausse cohésion qui est traitée, on se rassemble ou plutôt vomi ensemble dans une foi morbide, pour reprendre les mots utilisés. Une fois fait, alors nous pouvons repartir à nos occupations laissant ces jeunes redevenir, ceux qui ne sont rien…

Nous voyons avec cet exemple, Manson donne la parole à travers sa chanson aux victimes ou du moins essaye de leurs donner une écoute. Il pointe l’hypocrise et tire vers le haut quelque chose de tout aussi terrible : la culture du martyr avec notamment Lamb Of God (traduction : Brebis De Dieu)

Dans cette chanson il décrit des morts ultra-médiatiques comme celle de Kennedy :

There was Christ in a metal shell

(Il y a eu le christ dans une coquille de métal)

There was blood on the pavement

(Il y a eu du sang sur le sol)

The camera will make you god

(Les caméras feront de toi dieu)

That’s how Jack became sainted

(C’est comme ça que Jack est devenu saint)

Le « christ in a metal shell » fait référence à Kennedy, dont la mort filmée a défrayé la chronique, fait le tour du monde. Mort devant les caméras et personnalité médiatique de par sa fonction, le président a été en quelque sorte canonisé en nouveau christ par les médias ; comprenant aussi films, série…etc car dans la culture, la fonctionnalisation de la vie de personnage réel, tend à non seulement iconiser mais aussi à en faire quelque chose de bien plus grand, d’indépassable. Ces histoires deviennent des mythes, contribuent à façonner le personnage. Ici, grâce aux caméras, ajoutons à cela que le président américain a eu une mort face caméra, est devenu l’égal d’un saint, voir, du christ car rappelons-le dans ce vers Manson le décrit comme le christ dans une coquille de métal (la coquille de métal étant sa voiture, Kennedy est mort exécuté dans sa voiture). Il en va de même pour John Lennon, dont le deuxième couplet fait allusion. Canonisé par les médias, devenu un martyr.

A cette canonisation est opposée ceux mourant dans l’indifférence générale :

If you die when no one watching

(Si tu meures quand personne ne regarde)

Then your ratings drop and you’re forgotten

(Et bien tes taux d’audiences s’effondrent et tu es oublié)

But if they kill you on their tv, you’re a martyr and a lamb of god

(Mais si ils te tue sur leurs TV, tu es un martyr et une brebis de dieu)

Le premier vers du refrain et le deuxième sont explicites. Si la mort ne passe pas à la télévision, alors la personne est oubliée et n’est tout bonnement rien. La suite du refrain l’est tout autant, sans caméra, pour le monde nous ne sommes personne. L’importance et la reconnaissance ne se trouve que dans le quota médiatique dont nous disposons.

Marilyn Manson admettra que la chanson lui fut inspirée par la mort de Kurt Cobain ainsi que de Jim Morrison.

La suite de la chanson vient critiquer tout aussi sévèrement les religieux, notamment les « born again » :

It took tree days form him to die

(Ça lui a pris trois jours pour mourir)

Then born again buy the serial right

(Et puis les born again ont achetés les droits)

 

Ce couplet rajoute une allusion à Jésus Christ mort au bout de trois jours et dénonce l’extrémisme religieux en rapport avec le protestantisme. Les born again, en quelque sorte, profitent des paroles bibliques de jésus et ne rependent que leurs interprétations, seule et unique valable. Le fondamentalisme religieux vient s’ajouter dans la chanson, où celui-ci l’utilise à ses fins, parfois commerciales. Rappelons qu’aux Etats Unis des shows télévisés diffusent des prédicateurs, rependant la parole du christ tout en amassant le plus d’argent possible. Leur fortune s’élève à plusieurs millions de dollars. Si dans la légende du christ, celui-ci est né et a vécu dans la pauvreté, ces prédicateurs, évangélistes, born again, omettent ce passage, permettant de ce fait une réussite financière sur la croyance des autres. Les prédicateurs sont suivis par de très nombreuses personnes aux États-Unis, organisant des tournées nationales dont un fut d’ailleurs brillement analysé par Roland Barthes, Billy Graham.

En sommes avec les morts médiatiques, la consommation de celles-ci, fonctionnent comme canonisation d’un individu ainsi qu’un festin. Les célébrités semblent être aussi bonne vivantes, que mortes ; voire plus…

La chanson Lamb of God va de pair avec The Nobodies dans cette dénonciation de l’obsession américaine (seulement américaine ?) pour la célébrité et la mort, toutes deux vilipendés avec véhémences tout comme le fétichisme de l’arme à feu et de la religion comme peut l’exprimer explicitement The Love Song dans chacun de ses couplets.

The bullet :

(La balle)

I’ve got a crush on a pretty pistol

(J’ai flashé sur beau pistolet)

Should I tell her that I feel this way ?

(Devrais-je lui dire ce que je ressens ?)

Father told us to be faithful

(Père nous a dit d’être fidèles)

I’ve got a crush on a pretty pistol

(J’ai un béguin pour ce joli pistolet)

Should I tell her that I feel this way

(Devrais-je lui dire ce que je ressens)

I’ve got love songs in my head

(J’ai des chansons d’amour dans ma tête)

That are killing us away

(Qui nous tuent)

Le couplet met dans la tête d’une balle tombant amoureuse d’une arme et dont dans la tête résonne, comme une chanson d’amour, un hymne qui tuera. Ici la fascination de l’Amérique pour les armes à feu (selon le journal libération dans un article du nom de Les armes à feux aux États-Unis : cinq chiffres pour un fléau la NRA, le puissant lobbying pro-armes à feux compterait un revenu annuel de 400 millions de dollars et finance aussi des politiciens américain et 29% des américains détiendrait une arme [2018]). La vente d’armes est farouchement défendue aux États-Unis malgré les drames qui s’y produisent en démontre Columbine et plus récemment la fusillade à El Paso dans laquelle les président américain Donald Trump a soutenu que les armes à feux n’étaient pas les responsables (sorti en 1996, l’album reste encore d’actualité).

Le refrain de la chanson, entêtant peut être interprété comme la rengaine politique au pays de l’oncle Sam. Si on aime les États-Unis, on aime Dieu, les armes et le gouvernement. En effet les armes sont fiévreusement défendues dans ce pays où la NRA (National Rifle Association) continue, même après de violentes tueries, de défendre la libre circulation d’armes à feux. Au point où elles en sont un marqueur, à l’international, d’une certaine « américanité » et de même à l’intérieur du pays où le droit de porter des armes est garanti par le deuxième amendement de la constitution des États-Unis « Article II : Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé » (extrait de la constitution américaine).

The father :

(Le père :  )

Do you love your guns ?

(Est-ce que vous aimez vos armes ?)

Yeah !

(ouais !)

God ?

(Dieu ?)

Yeah !

(ouais !)

The government ?

(Le gouvernement ?)

Do you love your guns ?

(Est-ce que vous aimez vos armes ?)

Yeah !

(ouais !)

God ?

(Dieu ?)

Yeah !

(Ouais !)

The government ?

(Le gourvernement ?)

(Fuck yeah)

(Putain ouais !)

 

Le dernier couplet est une reprise du premier mais il rajoute, dans une acide dénonciation. La balle dont l’Amérique est tombée amoureuse est une imitation du Christ (dans la chanson : « An imitation christ »). Comparaison d’autant rude que l’amoureux transit dit que la balle va être une star un jour (dans la chanson : « Im gonna be a star someday ») signe que la mort va arriver et qu’elle sera médiatisée. Notons que la présence religieuse dans la chanson ne fait qu’un avec arme à feu et gouvernement, comme si aux États-Unis c’est choses-là étaient inséparables.

 

Avec Holy Wood, la dénonciation gothique du mythe d’une belle société parfaite, du « best system in the world » est l’une des plus inspirée et pertinente. Elle compte en plus avec ce que raconte l’album : La chute d’un personnage nommé Adam (la référence religieuse est ici évidente). Le personnage fomente une révolution qui se fait malheureusement récupérer par le marketing, désespéré il se suicide. Holy Wood atteint ainsi en fond quelque chose de plus grand : la destruction de la civilisation par elle-même et la récupération de tout ce qui est possible par le marketing (se voyant instrumentalisé par le marketing Adam va mettre fin à ses jours). Elle ne vient pas d’une invasion alien ou d’une agression d’un ennemi quelconque mais bien d’elle-même. Holy Wood c’est la croix où sont crucifiés la parole et le débat constructif, venant être offerts en sacrifice à une foi écrasante servant le dessein mythique du refoulement.

 

Toujours dans l’actualité, c’est aux drones que Marilyn Manson s’attaque ainsi que la violence avec laquelle ils sont employés ; en démontre la chanson de son dernier album, Say10 : We Know Were You Fucking Live (traduction : Nous savons où tu putain d’habite). Le titre exprime une jouissance du mal (bien que cliniquement, la psychologie a démontrée qu’il n’y avait pas de jouissance dans le faire mal mais plutôt dans la sensation de se sentir supérieur, nuance importante, ainsi We Know Were You Fuckin Live peut exprimer à ce titre la jouissance d’une supériorité conduisant à la destruction où la souffrance de l’autre), cette expression se trouve par exemple dans le vers « I love the sound of empty shell who hit the ground / I love it » (traduction : J’adore le son des douilles tombantes au sol / J’adore ça). La personne que représente Manson dans la chanson, aime tirer, elle se sent supérieure ; cette supériorité d’autant plus amplifiée qu’il sait où ses victimes habitent. Comme un chasseur sachant où sa proie est (d’aucun y verrait une vision encore du chasseur fou). Le titre décrit une personne rependant la mort et y prenant plaisir, elle sait d’autant plus « où vous vivez ».

Si le clip, dans une exagération toute Mansonesque, montre la brutalité de l’extrémisme religieux où des nonnes participent au massacre de la bonne petite famille américaine protestante ; paroles et vidéo font aussi références à ce que Denis Duclos appelle le complexe du loup garou. Ce complexe exprime l’ambivalence de la société américaine entre « civilité », bonne petite famille et fascination pour la violence avec l’idée que la civilisation n’est qu’un rempart précaire contre la sauvagerie tapis en nous ; par conséquent le clip et la chanson font aussi allusion à la paranoïa américaine du fou furieux caché dans la société, peut-être même au sein du voisinage. Le guerrier fou « know were you fucking live » et attend le moment propice pour frapper.

Le clip vient à choquer par la spécialité de Marilyn Manson qui est de juxtaposer les contraires. Ici la bonne sœur, pour les chrétiens, catholiques…etc est signes de paix, pureté, dévouement à Dieu mais dans le clip elles tuent, agressent sexuellement, prennent plaisir à torturer la pieuse famille (elles font aussi sans aucun doute référence au jeu vidéo Hitman : Absolution dans la reprise des plans du début et le style vestimentaire des bonnes soeurs).

 

The Man That You Fear

L’inscription de Marilyn Manson dans le gothique ne se fait évidemment pas seulement au niveau de textes. Le visuel est très recherché et beaucoup ne connaissent l’artiste qu’à travers quelques visuels mais qui les ont marqué ; à tel point que sans le connaître, ils le connaissent quand même (mais n’est-ce pas le problème ou un des problèmes de notre temps ? Nous ne connaissons pas, ne cherchons pas, ne comprenons pas, ne cherchons pas à comprendre et pourtant tout le monde à un avis dessus). L’artiste choque, perturbe, répugne, mais pourquoi ? Certes à cause du style gothique prenant des aspects horrifiques inhérents à son style, mais voyons plus loin, dans la symbolique (et il y en a énormément dans ses clips) qu’il utilise et dans son inscription au niveau du mouvement, des images utilisées. Là est la clé pour voir comment et ensuite pourquoi (bien que cela est retranscrit dans ce qui est déjà écrit) Marilyn Manson choque, fait vaciller les mythes.

L’artiste fait utilisation du gore dans ses clips vidéo. Le gore est généralement ce qui sort du corps humain : sang, sperme, salive, excréments, sécrétions corporels…. Définit comme « abject », répugnant, impur par les religions monothéistes qui ont fini par propager, encore aujourd’hui, leurs points de vue sur certaines choses (comme les interdits) notamment en agissant en sorte de structure sociale (principalement au moyen-âge). Le terme de gore signifie en vieil anglais « extrêmement sale » tout comme dans ses autres définitions islandaise et hollandaises desquels le terme viennent aussi. Marilyn Manson en joue mais le charge en symbolique.

Dans Say10 il est bâillonné par un billet et du sang gicle sur lui venant du dessous. En mettant en parallèle avec les paroles (très métaphoriques), ce peut-être tant le sang caché par l’argent qui sortirait soudainement, un sang qui représenterait le refoulé face à l’argent bâillonnant donc in fine, la monnaie empêchant de parler. Lorsque le sang vient à gicler, Manson hurle. Désormais sans sa muselière monétaire, le refoulement sortant brutalement, la parole se libère. Le mythe se veut propre, ce qu’il dissimule, l’abject, ce qu’il refuse, explose. Avec Say10 il rend une part de l’abject au sens de Théresa Goddu c’est-à-dire l’horreur de l’histoire, qu’ici il rend à l’argent, par des giclées d’hémoglobines saturant l’écran.

 

Durant sa période Antéchrist Superstar, le corps humain sacré en société et plus particulièrement dans les religions monothéistes judéo-chrétiennes est déformé, torturé. En plus de jouer avec des effets de cadres, il porte des prothèses, des atèles, déforme son corps de différentes façons ; par ce fait contribue à une désacralisation du corps, à sa destruction. Dans la société américaine la beauté est très importante et détient un véritable culte et ce, dès le plus jeune âge ou des concours de beautés sont organisés avec par exemple les concours de mini-miss aux États-Unis. Manson en plus de déformer son corps, voit de la beauté dans les prothèses et les déformations, là où la société y voit de la laideur. Ce n’est pas étonnant dans le fond, lorsque nous retrouvons que nos critères de beauté sont issus de la Grèce antique, le corps doit être bien proportionné et symétrique. Marilyn Manson a grandi au milieu d’enfants de soldats où leurs pères ont dû répandre l’agent orange au Vietnam et se retrouvent handicapés par celui-ci, leurs parents ayant été en contact avec ce produit dangereusement cancérigène. C’est en partie dans cette conscience d’un beau avec le laid déterminé sociétalement, qu’il s’évertue à désacraliser son corps, attaquant donc le culte de la beauté si chère à la société qu’il dénonce et qui ne montre qu’une beauté, omettant les difformités, les diabolisant comme « contre-nature ». Le mythe de la beauté se retrouve piqué, fissuré.

A ce titre, la volonté de désacraliser le corps, de le rendre autre que celui valorisé par la société actuelle, trouve une origine dans le mouvement Punk des années 70. Les punks, dans la révolte contre les mœurs qui faisaient l’actualité, en plus d’arborer des accoutrements à l’opposé de la pensée petite-bourgeoise, cherchez pour certains à déformer leur corps, à lui écrire dessus différentes obscénités. Les punks qui accompagnaient leurs visuels d’une musique agressive, « sale » dans le sens où les guitares étaient très saturées et rien ne devaient sortir de lisse (la voix de ces chanteurs fut régulièrement criarde, cassée, en volonté d’opposition à la musique plus classique, propre, belle et mélodique).

L’Antéchrist Superstar salit en plus l’écran, le sature (une évolution importante va subvenir par la suite). L’image elle-même subit la déformation corporelle, elle est enlaidie autant que le corps difforme, aux pupilles de différentes couleurs.

La salissure du corps sacré se retrouve aussi dans l’esthétique de son EP sorti peu après Portrait Of An American Family, Smell Like A Children où, non content de rendre les mondes enfantins effrayants, il revêt l’allure, par cet univers enfantin digne de Disney, d’un croque-mitaine. Sens toi comme un enfant, adulte bercé par l’illusion d’un monde pur et sans contradictions et moi je serais ton croque mitaine, ton monde du dessous ; pourrait-on dire.

 

L’esthétique de Manson se joue aussi dans la symbolique ou un certain bagage religieux et culturel est nécessaire pour la comprendre ou du moins une connaissance de tout un environnement dans lequel baigne l’artiste. Aux États-Unis la religion est encore très présente dans la vie publique et politique, Marilyn Manson n’a de cesse de s’exprimer contre le prosélytisme religieux et les ravages qu’elle fait et qu’il constate dans les esprits. Dans le clip No Reflection, par exemple, la symbolique dirige directement la narration et complète les paroles.

Elle parle d’un homme ne voyant pas son reflet dans ce qu’il fait, ce qui se traduit par un personnage lisant une Bible aux pages de miroir dans laquelle sa réflexion ne s’y trouve pas. Que penser ? Il est un homme suivant les enseignements religieux ou dit les suivre mais il ne se voit pas. Pourquoi ? la chanson l’exprime à travers ce vers « I don’t which me I love / Got no reflection » (traduction : Je ne sais pas quel moi j’aime / je n’ai pas de reflet). En d’autres termes, l’homme allant à l’église vit deux vies : une ou il est auprès de tout le monde parfait et récite les enseignements bibliques et l’autre où il se retrouve en proie à lui-même, agissant contrairement à ce qu’il paraît quitte à faire du mal (le fait de faire du mal est exprimé plus loin dans la chanson). Tant qu’il ne va pas à l’église il se sent faible, la paroisse trouvant une similarité avec une drogue « I’m weak, 7 days, I’m weak » (traduction : je suis faible, sept jours, je suis faible ». Le reflet n’apparaît pas sur les pages car cet homme est double, le reflet est un, un tout. On vient critiquer, remettre sur le tapis du mythe, l’hypocrise d’hommes d’église ; vivant auprès de tout le monde comme saint mais en arrière se conduisant tout autrement. La chanson et son clip font ainsi allusion aux prêtres pédophiles et autres avec un personnage en proie à ses propres contradictions dont son penchant cruel est représenté directement en lui-même dans la vidéo.

Ce double, ou plutôt ce « un » car c’est ce personnage qui se divise en deux, un bon et un mauvais dans une dimension très dualiste, et cruel il tient en otage des jeunes femmes, pures dont cette pureté est donnée par des habits blancs. Elles sont autours de lui, dansent pour lui, les embrassent langoureusement. Pendant ce temps il se demande si quelque chose de violent va arriver « Or something violent coming ? » (Traduction : ou quelque chose violent arrive ?). Cet homme, religieux, vient ensuite à menacer et le clip vient expliciter cette sorte de prise d’otage des jeunes filles (elles sont inquiètes, plusieurs plans montrent leur peur) « This’ll hurt you worse than me / I’m weak, seven days, I’m weak / Don’t run from me I won’t / Bother counting one, two, three » (traduction : Cette chose te blessera plus que moi / Je suis faible, sept jours, je suis faible / Ne t’enfuie pas je ne prendrai pas la peine / De compter un, deux, trois). On remarque sur le dernier vers un jeu de mot avec la sainte trinité « one, two, three » (un, deux, trois) qui représentent le père, le fils, le saint esprit. C’est au bout de ce décompte, qu’il fera du mal.

La symbolique des clips de Manson est très présente, comme autre exemple nous aurions pu prendre Disposable Teen (traduction : Adolescents Jetables). Des policiers armés de croix font barrages entre la rockstar et le public, un démon sort des eaux (le monstre servant à exprimer le refoulé se levant sortant des abîmes mythique), une scène semblable à La Scène où c’est un chimpanzé trônant à la place de jésus et où le festin est le cadavre d’un homme, l’évêque est un homme horrible au mouvements inhumains (rendu possible grâce au montage), un singe sur la croix s’amusant. On aborde ici une inscription de Manson bien particulière servant son choc et sa dénonciation : l’imagerie carnavalesque.

Le carnaval est une festivité se déroulant à un moment précis, particulier. Lors de cet évènement la vie s’y retrouve sans dessus dessous ; les lois, interdictions, restrictions, hiérarchies sociales, inégalités d’âges ou de sexes…etc., distances hommes / femmes sont abolies. En somme les frontières sont brisées, deviennent poreuses, sans compter aussi le renversement des peurs. Cette brisure s’opérant entraine des gesticulations particulières. Le carnaval est excentrique par rapport à la logique de la vie dite « normale » car il renverse, chamboule ses codes ; il lie les opposés : vie et mort, hommes et femmes (travestissement), beau et laid…etc. Par là il comporte aussi son lot de profanations de toutes sortes, de sacrilèges, d’avilissements et d’inconvenances.

Marilyn Manson a dans son esthétique au moins quatre motifs carnavalesques soulevés par Mikhail Bakhtine :

  • Le masque: Manson en plus de représenter explicitement des masques dans ses dernier clips (Kill4me, Tatoo In Reverse), apparaît maquillé et affublé de divers costumes. Evêque dans Disposable Teen, vierge Marie ensanglantée dans Long Hard Road Out Of Hell et bien d’autres. Bien sûr il y a ne serait-ce que le pseudonyme Marilyn Manson, couvrant le nom de Brian Warner.
  • La licence sexuelle: SAINT avec sa représentation du bondage et d’un couple faisant l’amour, Kill4me avec son orgie ; Heart Shape Glass et sa partie de jambe en l’air terminant en pluie de sang lorsqu’elles ne sont pas sexualisées autrement ; Born Vilain avec une scène explicitement sexuel dans une sorte d’aquarium.
  • Motif de l’avalement: Très peu présent il fait quand même une apparition notable dans la chanson The Nobodies avec le démon mangeant sa tarte.
  • L’hybridation chimérique: Disposable Teen et The Nobodies montre Manson en un monstre à caractères fortement humain.

Cette esthétique carnavalesque couplée avec un soupçon de morbide vient jouer dans la dénonciation gothique. D’une part : en jouant perpétuellement dans ce carnaval macabre Manson vient choquer, l’avilissement, la profanation, la désagrégation des frontières est perpétuelle ; la vie et la mort sont dans une constante copulation horrifique donnant, à ce titre, aucune frontière à l’esthétique de Marilyn Manson (étant que l’effondrement de la démarcation vie et mort puisse choquer dans le pays qui en plus de fêter Halloween a vue naître les zombies walk). Et d’autre part : joue avec le caché, le rejeté, le sang, l’horreur mais l’intègre à un discours avec une visée précise constructive (ou déconstructive si nous nous plaçons du côté du mythe), le distançant ainsi du choc pour le choc grand guignolesque et stérile de d’autres de la profession. Au fil de sa carrière cette esthétique « foutraque » sera laissée de côté pour une plus sobre dont l’album The Pale Emperor marque une sorte de rupture avoué par l’artiste voulant revenir, tel est la démarche de ce neuvième album, a quelque chose plus épuré.

Ajoutons aussi son sens de la profanation et sa perversion des symboles. Si la vierge Marie est une image rassurante pour les protestants (chrétiens…etc.), l’artiste se charge de la rendre terrorisante. Prenons à ce titre Long Hard Road out Of Hell, qui prend des représentations de la mère de Jésus pour en faire une figure blême, abominable (derrière la religion ne se cache-t-il pas quelque chose de plus horrible ? Des choses faites en son nom ? Des vies détruites ?). Dans une société faites de symboles, de signes, dont certains sont sacrés (la croix, le croissant et son étoile et bien d’autres), cette perversion vient offusquer, la question à se poser c’est aussi pourquoi ? Pourquoi considérons-nous ces signes comme sacrés, inviolables ? Là est aussi l’une des questions posées par le travail de Marilyn Manson ; peut-être pas directement, peut-être n’est-ce pas l’intention mais tout ce travail invite à ce questionnement. Derrière ces signes, ces représentations se cachent des choses inavouables que les perversions perpétrées par le chanteur, dans une démarche gothique, signifient.

Marilyn Manson agit ainsi comme une sorte de roi du carnaval (la détronisation en moins, cela joue avec son choc). Il abolit continuellement les frontières de la vie « normale » définies par la société, pour déranger mais aussi en mettant dans le fond, cette même société devant ses propres contradictions dans son but de destruction mythique. L’incarnation des contractions pour mieux détruire le mal que peut provoquer le refoulement mythique, cachant les cadavres sous son tapis et ainsi déculpabilisant au profit d’un monde où plus rien n’est contredit. L’histoire est une horreur pour le mythe fondateur ou national.

 

The Fight Song

Marilyn Manson est gothique car son travail se situe dans un projet de démythification, entendant révéler l’histoire, dont le mythe en est la négation. Il donne la parole aux victimes du mythe, justifiant le monde actuel et pour se faire, refoulant les horreurs de l’histoire afin de créer une cohésion. Notre artiste accusé à tort d’avoir perpétré la tuerie de Colombine, à travers ses textes écrit ce qui ne va pas utilisant la métaphore et une symbolique forte (bien qu’il soit parfois plus directes dans son expression avec par exemple Dogma). L’extrémisme religieux, le « best system in the world » ont en eux l’inavouable que Manson s’efforce de faire ressortir. Bien qu’aux premiers abords ressemblants, son choc est inscrit dans une démarche ou le sens demande parfois une réflexion pour être décodé. Exécré par l’Amérique puritaine, colporteur de malheurs, corbeaux de mauvais augure ; dans son projet artistique Marilyn Manson arrache avec violence le blanc de l’Oncle Sam pour y dévoiler ses contradictions et ses aspects les plus sombre. Il remet en débat les écrasés, les laissés pour compte dans l’exercice de naturalisation du mythe. Ces points de vues que l’on dissimule dans cet exercice dans l’acte mythique, s’ils ressortent, cela revient à remettre en question le système établi par le mythe lequel a décrété un abject inmontrable et indiscutable. Plus le refoulé est réprimé, plus celui-ci grandit et devient puissant. C’est peut-être aussi en cela que l’on peut comprendre le monstre grandissant de Disposable Teen.

Manson est pointé du doigt comme un penchant négatif de la société. Dans un point de vue d’une société bercée par le mythe, oui il l’est ; il est ce qu’elle rejette, ce qui veut remonter à la surface, exploser pour détruire l’aberration mythique, l’histoire sans aliénation veut parler, les viscères veulent ressortir. Le dessein de notre artiste ne peut évidemment pas plaire à ceux coincés ou lovés dans le mythe, car le mythe fait passer ce qu’il veut en nature, il naturalise ce qu’il approche et refuse le reste. Tout est naturel, alors pourquoi contredire la nature ?

Qui parle du génocide amérindien ? Mais il ne faut pas se voiler la face, se couvrir dans une sorte de condescendance, ou d’autres facteurs visant à se trouver bien meilleurs que les américains. Le mythe fait son œuvre dans l’histoire de France aussi : Qui parle du massacre des tirailleurs sénégalais par la France le 2 décembre 1944 alors qu’ils réclamaient leurs soldes ? Ou de la torture en Algérie ? Ou bien encore du rôle de la France dans le génocide Tutsi au Rwanda ? Du massacre de Jaffa par Napoléon ? Personne, ou peu. Ce que dénonce Manson est aussi valable dans « Le pays des droits de l’homme ». Le refoulement de l’abject de l’histoire n’est absolument pas qu’aux Etats-Unis. Parler de ce refoulement en France c’est se faire vilipender, détester par ceux qui sont dans le mythe tout comme de l’autre côté de l’Atlantique. Manson est de ceux-là. Pour qu’une société avance, elle doit se défaire du mythe, le faire vaciller, l’effondrer et Marilyn Manson apporte sa pierre à l’édifice. Le sombre trajet de Manson traverse aussi la France, raclant les bas-fonds de l’inavouable.

 

Count to six and die

La question dans ce texte, le sujet, fut moins d’essayer de découvrir l’intention de l’auteur, bien que cela fut quelque peu fait, que de voir un travail culturel révélant quelque chose dans une culture qui de plus en plus tend à se mondialiser. L’auteur est mort, je le crois, mais les mots utilisés, son langage font référence à une culture et la dénonciation de celle-ci ; en son sein, une sorte de bataille d’informations, de petites pensées assujetties, oubliées, par une dominante, « officielle » quelle soit étatique ou populaire (populaire dans le sens des gens extérieurs à l’état et son établissement direct de ce qui doit être porté en valeurs ou pas par intermédiaire de la gouvernementalité). Ici, on essaye de plutôt de dévoiler cet arrière-fond que le mythe cherche à cacher, cet arrière-fond que les différents éléments d’expressions, de langages peuvent tenter de déchainer dans une violence plus ou moins virulente dans une visée de destruction mythique.

Le mythe est fort, rassembleur, il explique tout simplement le monde, dénie la complexité de l’histoire et justifie le monde tel qu’il est pour l’idéologie ou la politique le colportant. Il ne nécessite pas d’efforts pour être compris, mais son œuvre est illégitime, elle déforme la vérité de l’histoire.

Dans une esthétique carnavalesque, brisant les frontières entre les opposés, liant ce qui ne doit pas l’être, dérangeant, Marilyn Manson effectue un travail pertinent sur nos tabous et ce que nous refoulons. Un refoulement qui ne peut avoir éternellement lieu dont l’exercice n’amène à rien de bon. Le dessous mérite autant la reconnaissance que ce qui est porté en étendard mais dérange parce qu’il ne sert pas un dessein particulier.

Avec Marilyn Manson derrière chaque artiste il y a un Dope Hat, derrière les paillettes des Beautiful People, derrière une mort médiatique un Lamb Of God, derrière une jeunesse si belle et pure il y a des Disposable Teens ou des Nobodies… Toutefois ce n’est pas pour autant qu’il faut sombrer dans un désespoir sans fond car c’est dans les plus profondes ténèbres, dans les abysses les plus terrifiantes que né dans un éclat salvateur, la lumière. Ce que l’on peut retenir de ce travail gothique c’est qu’il semblerait que l’histoire n’ai de valeur que dans notre construction mythique, mais qu’une incrustation gothique, révèle toute son illégitimité trompeuse.

 

Les chansons citées :

Get Your Gunn

Dogma

Dop Hat

The Beautiful People

The man That You Fear

Long Hard Road Out Of Hell

Disposable Teens

The Nobodies

The Love Song

The Fight Song

Lamb Of God

Count Six And Die

No Reflection

We Know Where You Fucking Live

Say10

Heaven Upside Down

3 réflexions sur “Marilyn Manson, le gothique à l’exécution de l’Amérique

  1. SUPER article qui décrit parfaitement la pensée de MM. Si tout le monde pouvait le lire… au lieu de s’arrêter sur l’image que les médias lui ont donné.

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