Metal Gear Solid V : l’utopie par la terreur de la destruction ?

Metal Gear Solid V : l’utopie par la terreur de la destruction ?

Metal Gear Solid V est un jeu vidéo créé par Hidéo Kojima, sorti le 1er septembre 2015. Dans ce jeu au contexte guerrier se déroulant durant la guerre d’Afghanistan en 1984, donc dans un contexte international de guerre froide où la menace d’une attaque nucléaire par un pays belligérant est planante. Toutefois aucun ne passe à l’acte dans la peur d’une réplique de l’autre pouvant s’avérer tout aussi dévastatrice dans un temps qui voit l’armement nucléaire gagner en puissance avec des bombes colossales telles que la bombe américaine Castle Bravo, la plus grosse bombe conçue par les États-Unis, ou encore la Tsar Bomba la plus importante bombe atomique jamais construite.

C’est dans cette situation que l’antagoniste Skull Face a comme objectif de vendre la puissance nucléaire à toute faction la désirant afin d’établir un équilibre par la terreur entre elles et ainsi d’obtenir un monde en paix, dans l’obligation de reconnaitre son voisin.

La destruction mutuelle assurée

Tenir l’ennemi en respect par la peur d’être dévasté par des frappes nucléaires d’envergures et être tenu en respect par la même chose s’appelle : la destruction mutuelle assurée ; elle est une stratégie de dissuasion nucléaire où les opposants ne s’attaquent pas par peur d’être soi-même anéanti par l’autre. Ceci constituant ainsi une sorte d’équilibre ou l’autre n’osera porter de coups directement.

Cet équilibre reste toutefois bancal dans la mesure où il peut entrainer une course à l’armement pour dépasser légalité de destruction donnée et prendre l’ascendant sur le désigné ennemi comme la guerre froide l’eut démontré (les conceptions, par exemple, de la Tsar Bomba et de Castle Bravo correspondent, nous le verrons, à cette logique).

La destruction mutuelle assurée tient toujours les pays armés de la bombe nucléaire en respect. Si l’on peut lancer des invectives, dénoncer les agissements, l’attaque armée reste proscrite car il suffirait d’une heure pour faire des milliers de victimes voire plus si tout un arsenal déchaine les flammes de l’atome.

La « paix » établit par la dissuasion nucléaire fonctionne pour les pays étant armées par la force de l’atome mais ne les empêchent pas de s’affronter de manière indirecte en déplaçant le champ de bataille sur des pays annexes en finançant l’ennemi de l’ennemi ou en se battant contre l’ennemi que finance l’ennemi. L’un des deux n’est pas présent sur le champ de bataille mais participe activement à la guerre. Le but est quasiment le même qu’une guerre opposant directement les antagonistes mais si l’anéantissement du principal ennemi n’est pas envisageable car le conflit n’est pas sur son territoire ou il n’a pas assez de forces engagées ; l’objectif est donc principalement d’étendre sa sphère d’influence ainsi que de déstabiliser l’ennemi principal. Un exemple plus concret serait la guerre du Vietnam : l’URSS et les États-Unis se sont affrontés dans un combat sanglant par intermédiaire des troupes venant du Vietnam, les troupes américaines mais non celles de l’Union Soviétique qui n’étaient pas présentes. Le gouvernement Soviétique n’a fait que soutenir les Viet Cong en leurs livrant armes et munitions.

L’idée de ce texte est moins de se pencher sur le plan de Skull Face que d’exhorter les réflexions auxquels il invite dans son plan d’équilibre mondial par terreur et de forcer, par cela, les pays à se reconnaitre et abandonner toutes hostilités.

Désir mimétique et montées des extrêmes

La destruction mutuelle assurée repose sur un désir mimétique. Elle est le fruit d’un engrenage vicieux, d’une montée vertigineuse de la violence de la guerre jusqu’à un point où les armes sont si dévastatrices, capables des plus grandes désolations dans les camps les disposant, que rester chez soi jusqu’à atteindre un nouveau cap tout en se menaçant devient l’option la plus envisageable.

Ce mimétisme, faisant partie de la théorie du bouc émissaire de l’anthropologue René Girard, défini le fait qu’un individu désir la même chose qu’un autre ; cet autre devient un rival et dans le conflit opposant plusieurs rivaux, chacun imite la violence de l’autre effectuant ainsi une montée progressive dans la violence.

Selon René Girard, Napoléon Bonaparte aurait inauguré une nouvelle façon de faire la guerre, de la voir le tout sous l’impulsion de la révolution française ; à son arrivée apparut : la guerre totale. Jeter tous les efforts d’un pays par la conscription, l’industrialisation (plus tardive pour cette dernière) pour attiser les flammes de la guerre et anéantir son ennemi. Face à cela, face à cette violence inouïe, augmentant par rapport aux guerres plus anciennes, les rivaux de l’empereur ont répondu de la même façon dans le but de faire front en entrant eux-aussi en guerre totale.

L’anthropologue prend pour exemple la rivalité historique entre la France et l’Allemagne pour expliciter son propos, une rivalité qui a fini par se dissolver à l’arrivée de l’Europe. La défiance entre ces deux nations n’a, dans l’histoire passée, fait que s’échelonner pour aboutir à la guerre la plus terrible de leur histoire respective que le ressentiment eut nourri. La deuxième guerre mondiale est la continuité de rivalités anciennes où la violence a répondu à la violence tout en cherchant à être plus importante que l’ennemi désigné dans l’objectif de le détruire. Plus le rival, l’ennemi, monte en violence, plus son opposant le fera et vice et versa ; ainsi de ce que Carl Von Clauswitz, théoricien de la guerre, contemporain de Napoléon, nommait : la montée des extrêmes.

La montée des extrêmes est développée, comprise, analysée dans la théorie du désir mimétique de René Girard. Expliquée précédemment, elle donne un nouveau palier à cette montée qui semble inexorable qui aujourd’hui donne la guerre totale et les armements les plus destructeurs que nous avons inventé répondant à l’appel de ce désir. La violence du désir mimétique réside dans le fait que l’autre imite la violence de son rival et la renvoie avec usure.

La guerre froide était cette montée qui a atteint un stade incroyable où des superpuissances avaient (ont toujours) le pouvoir d’anéantir toute vie dans un pays (et plus), de le rendre inhabitable pour les siècles à venir. Les grandes puissances fonctionnent encore par la dissuasion nucléaire, retenant les velléités guerrières les uns sur les autres mais n’empêchant pas les guerres « indirectes » comme peuvent en répondre le Vietnam, le Cambodge ou encore l’Afghanistan qui se sont trouvés être le champ de bataille entre États-Unis et Union Soviétique.

Le projet de notre antagoniste, Skull Face, est donc d’atteindre un équilibre de la terreur en armant chaque nation, chaque groupe terroriste d’armes de destructions massives afin d’obtenir l’équilibre en donnant au monde le paroxysme du mimétisme guerrier. Pour lui cela devrait ainsi se conclure comme la guerre froide (bien que dans l’histoire du jeu, la guerre froide soit toujours en cours) : l’arrêt des conflits entre puissances armées pour, in fine, telle une révélation abandonner la guerre à la vue du gouffre montrant que n’importe qui peut annihiler tous les autres.

C’est cependant oublier que la destruction mutuelle assurée est un jeu qui, une fois enclenché, rend la sortie condamnée. Abandonner ce qui tient l’autre en respect, c’est potentiellement, dans un cadre géopolitique, laisser à cet « autre » l’opportunité de nous balayer. Tout pays engagé dans ce moyen de dissuasion est condamné à y rester dans la terrible éventualité d’une guerre, d’un conflit, d’acharnement d’un autre pays cherchant à étendre sa domination. C’est aussi oublier que si la guerre est « la continuation politique par d’autres moyens », sur une autre grille d’analyse : « la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens ».

Ce retournement de la maxime de Clauswitz, orchestré par Michel Foucault philosophe et professeur au Collège de France (1970 – 1984), vient d’une grille d’analyse du pouvoir selon des rapports de forces qu’il met en jeu dans un contexte donné ; donc le pouvoir s’analyserait en des termes de combats, d’affrontements ou de guerres (d’où l’inversion volontaire de la citation de Carl Von Clauswitz, la politique devient un continuation de la guerre par le jeu des conflits, des rapports de forces qui la font vivre).

Cela voudrait dire trois choses selon le philosophe : premièrement que les rapports de pouvoir ont pour point d’ancrage, à un moment précisable, la guerre. Dès que la politique suit la guerre, une fois l’affrontement armé terminé, la politique découle directement de la guerre. Avec cette hypothèse, le rôle du politique serait de réinscrire perpétuellement ce rapport de force dans les institutions. La politique serait la sanction et la reconduction du déséquilibre des forces manifestées en guerre.

Deuxièmement : à l’intérieur de la « paix civil » il faudrait interpréter affrontements, luttes politiques à propos du pouvoir, avec le pouvoir, pour le pouvoir, les modifications des rapports de forces dans un système politique comme continuation de la guerre.

Ceci voudrait dire une troisième chose : que la décision finale ne peut venir que de la guerre, d’une épreuve de force. La loi ne saurait donc être une pacification car sous elle, la guerre continue et est le moteur des institutions et de l’ordre.

J’aimerais ajouter qu’en quelque sorte la guerre continue sous une autre forme mais que, toute décision, effectivement, demandera une épreuve de force en politique, que les luttes continueront. C’est-à-dire que si politiquement il y a inscription dans un changement, non dans la même mouvance globale située à un instant déterminé, ce mouvement devra passer par une sorte d’épreuve de force dans laquelle il faudra montrer toutes ses forces, ses armes, pour continuer ou confirmer le changement initié ; cela inscrivant la politique dans une sorte de perpétuelle lutte intestine à un régime.

Ainsi la machination de l’antagoniste de Metal Gear Solid V, même s’il réussissait ce plan, n’aurait pu tenir en cela que l’ébullition sous la paix civile aurait conclu à un éclatement dans une ou plusieurs des factions qui, en leur sein-même, se joue aussi le mécanisme du désir mimétique, de la « mauvaise réciprocité ».

Ces luttes interne aux états font les changements de demain plus ou moins brutaux et concluront inéluctablement à un conflit majeur interne pouvant déborder sur l’extérieur des frontières pour diverses raisons. Quoi que le conflit armé fasse son entrée lorsque la problématique, le changement en cours, n’a pas été résolu culturellement ou qu’il soit galvanisé par une partie.

Il y a certes les batailles armées (interne ou externe au pays donné), il y a aussi ce que l’on appelle les guerres commerciales entre autres qui peuvent faire l’enjeu de véritable conflits, miroirs de rivalités ne s’exprimant pas par le fil de la lame et où l’on essaye d’avoir l’ascendant commercialement parlant sur notre rival.

En effet du commerce, de l’échange commercial, peut déboucher des velléités guerrières afin d’imposer ou de faire valoir ses droits. Ceci concerne la politique (nous ne sommes pas en tant de guerre armée dans notre cas), de là la monstration de la puissance, du hard power, pour appuyer le droit commercial peut jouer en faveur d’une montée des extrêmes avec un adversaire en faisant tout autant. Le droit, quel qu’il soit, que ce soit à l’intérieur d’un territoire ou à l’extérieur de ses frontières, existe par une base de hard power. Sans lui, le droit ne fait pas foi face à un adversaire.

Voilà une chose qui donnerait en partie raison à Hegel qui affirme que le conflit est le moteur de l’histoire humaine dans sa Dialectique du maitre et de l’esclave.

L’utopie par la terreur de la destruction ?

La limite du ressentiment

Dans la fin des années 1800, en Prusse, un philosophe allemand qui marquera l’histoire de la philosophie, Friedrich Nietzche mit le doigt sur un mal rongeant l’homme : le ressentiment. Cette vengeance, cette frustration envers un individu ou un homme ou un groupe qui peut muter en quelque chose de plus grand, de plus dangereux, faire naitre la haine. Ce sentiment d’infériorité nourrissant à la pelle la colère, la haine pouvant se tourner vers un bouc émissaire. Ceci entre aussi en jeu, notamment dans le désir mimétique où il peut donner l’impulsion à la montée des extrêmes, à la violence exercée.

Si l’équilibre de la terreur tient en laisse les nations guerrières c’est parce que ces nations sont composées d’hommes ne voulant pas mourir. Ceux détenant l’arme nucléaire tiennent à leur vie, ils ne se risqueraient pas dans l’attaque d’hommes pouvant en l’espace de quelques heures les détruire. C’est l’accroche à la vie qui tient la dissuasion nucléaire et rien d’autres sinon les guerres atomiques auraient surgi aussi rapidement que les conflits plus localisés.

Mais qu’en est-il de ceux qui sont prêt à se tuer dans la mesure où ils peuvent en emporter le plus possible ? Moins d’hésitation à faire déferler les flammes de l’atome. Avec la puissance du ressentiment, nous devenons tellement hostiles à l’univers autour de soi que l’on est prêt à se faire souffrir pour faire souffrir les autres. La destruction mutuelle assurée dispose comme limite celle du ressentiment. Sous la « paix nucléaire » est toujours susceptible de bruler un puissant ressentiment qui gagnerait en férocité avec le temps.

Ce ressentiment qui, selon le philosophe gagnerait les faibles d’esprit ; veut dire que quiconque est vaincu, se sent faible, n’arrive pas à devenir fort ou bien (c’est aussi valable) voit trop d’obstacles devant lui, serait dans la jalousie envieuse, peut être en proie à ce sentiment qui en grandissant apporterait le conflit. Avec ceci la violence continuerait son cycle, ou en gagnerait d’autres dans son élan en embrassant qui plus est le désir mimétique. Le ressentiment serait un élément constitutif de la violence de la même manière que la théorie de René Girard.

La jalousie, l’envie que couvre le ressentiment, jouerait en la faveur d’une boucle de violence dans une « mauvaise réciprocité » où l’autre étant obstacle à la satisfaction du désir, rendrait l’individu plus frustré, plus désirant encore de l’objet visé (ressource rare, personne, enjeu de pouvoir, gloire, attention…) et ainsi naitrait ou s’accentuerait un conflit pour un objet qui, au final, deviendrait secondaire tant la rivalité entre les deux individus concernés serait forte.

Ce concept de Nietzsche fonctionnerait comme un rouage terrible dans la constitution de la violence. Par sa mise en place, il rend conflictuelles les relations humaines dans sa limite du ressenti personnel. Il propulserait toujours un peu plus en avant dans la friction et d’une certaine manière donnerait raison à Hegel lorsqu’il affirme que le conflit est le moteur de l’histoire humaine dans Dialectique du maitre et de l’esclave. Tant qu’il y aura des dominés / dominants ou des personnes se sentant dominées / dominantes, car le ressentiment fonctionne par cela ; tant qu’il y aura l’envie et la sensation d’incapacité par rapport au désir ; tant qu’il y aura la jalousie profonde, la conflictualité fera partie intégrante de relation humaine amenant aussi à la mort dans les cas les plus sévères et devenant un mélange sanglant avec le désir mimétique.

Face à la puissance noire du ressentiment, celui qui en est en proie voit sa souffrance comme inévitable, sa vie n’a plus d’importance tant que l’autre ou les autres souffrent, meurent. Comment tenir par la vie, celui qui hait tellement que sa vie ne lui importe plus ? L’escalade insensé de la violence ne peut qu’augmenter en un cycle infernal. Le ou les rivaux y répondront selon la loi du mimétisme et comptant aussi leur propre ressentiment pouvant les ronger. Le ressentiment n’obéit pas forcément à la reconnaissance d’autrui, c’est-à-dire que le désir peut être la reconnaissance mais les évènements arrivant au point de la reconnaissance en particulier dans le cadre de dominant / dominé (je te domine, reconnais moi) nourrissent le ressentiment qui, tant dans le cadre du vainqueur que dans celui du perdant de cette reconnaissance recherchée qui s’est établie dans notre cadre par les armes (bien que cela puisse se jouer autrement), jouera dans les relations entre les deux adversaires (la politique donc comme continuité de la guerre si nous suivons cette logique ?).

Ce problème de reconnaissance, en élément constitutif de violence, et étant confronté à une force supérieure est aussi reconductible au niveau de l’individu. Nous pouvons prendre en exemple certains meurtriers qui furent muent par une volonté de reconnaissance dans leur acte de mort. Mais cet acte, qui souvent dans sa pensée prenait en compte l’intervention de forces de l’ordre, était un acte nihiliste. Le meurtrier dans certains cas, mettait sa propre mort comme terminaison de son action car les forces de l’ordre, une force plus importante que la sienne, allaient mettre un terme à son existence ou sa liberté. Ainsi, la peur d’une force supérieure pouvant le stopper, le détruire, pour ces cas de meurtriers (ceux des schools shooting, des tueries à armes à feu dans les écoles, souvent perpétrées par des élèves aux États-Unis) ne les ont pas arrêtés pour autant. La mort allait venir dans tous les cas alors autant terminer l’acte par un suicide. La logique d’une entité pouvant les arrêter ne les a pas empêchés de commettre ce qu’ils ont commis. Les États sont un amalgame d’individus dont certains occupent de hautes fonctions peuvent illustrer la poussée du ressentiment dans la même mesure. Que pourrait contrecarrer une volonté nihiliste ?

Armer le monde pour forcer une reconnaissance par la potentialité de destruction mutuelle assurée en cas d’attaque ne peut pas laisser sans ressentiment. La reconnaissance n’est pas forcément l’unique raison des guerres, bien qu’elle puisse en être un rouage. Les puissances reconnues continuent tout de même le conflit par d’autres moyens quelque peu détournés des armes à feu ou de l’épée ; et quand bien même la folie guerrière même avec une éventualité de destruction totale peut tout de même l’emporter sur les risques d’annihilation.

La douleur fantôme

La question de l’écrit n’est pas de savoir si ce plan fictif d’un personnage fictionnel est réalisable mais de voir sur quoi, en partie, repose cette pensée qui découle de l’œuvre et le fleuve de réflexion qui l’abreuve ; le croisement d’idées qui peuvent en répondre, voir l’abyssal danger en son incomparable absurdité que ces réflexions soulèvent.

La destruction mutuelle assurée ou dissuasion nucléaire repose sur un lien fort à la vie que l’ensemble de l’humanité partage ou détient égoïstement en tant qu’individu. Ce lien faisant que devant la mort, un humain, globalement, va préférer le choix de la vie aussi infime soit-il ; sa propre vie plutôt qu’une mort certaine sans cela, il y a fort à parier que l’humanité n’aurait duré que le temps d’un souffle. Cependant face à un ressentiment ahurissant où l’on ne voit que la mort et l’obscurité de la haine au point faisant que sa propre vie importe peu dans la mesure du fait que l’autre haï, souffre, meurt, la destruction mutuelle assurée ne tient plus. Elle ne tient d’autant moins qu’elle ne tourne que dans un rapport de pouvoir de nation à potentialité de destruction similaire et non dans la logique interne d’un pays où sa répression, ses institutions trouveraient vigueur dans la guerre avec un désir mimétique fonctionnant sur deux plans : extra-national et intra-national donc marchant de fait dans le rapport entre individus et en rapport entre les groupes. Ainsi la paix géopolitique, déjà par cela ne tiendrait pas bien longtemps ; la paix nationale, aux aléas de l’histoire humaine allant par les courants qui la porte.

La fureur guerrière montrerait certes la destruction mutuelle assurée au bout d’un moment mais si cette révélation ne faisait que retarder ou déplacer la destruction par les propositions citées ci-dessus ?

C’est le conflit, de quelque sorte que ce soit, qui donne corps à la politique soit en l’organisant soit en le conjurant (ou plutôt en tentant de dépasser la violence) voire les deux selon les intérêts qui gouvernent ceux qui sont en politique et garants, en principe, de la « paix civile » que la politique doit assurer peu importe l’idéologie (dictature, démocratie, théocratie… etc dans tous les cas, la politique prend le relais d’états de guerres et organise, son droit ; ce qu’elle juge légal ou illégale est relatif au régime politique à un moment donnée).

De plus l’armement massif répondra à un armement massif qui, en attendant de pouvoir être déjoué verra la guerre se détourner ailleurs. La guerre froide en est encore une fois un des exemples : les forces possédant le feu nucléaire se sont affrontées de manière indirecte en Afghanistan, au Vietnam pour ne citer que ces pays. Et de nos jours cela est aussi valable et ne parle-t-on pas, en plus, de guerre informatique ? La guerre ne sera, très surement, jamais une douleur fantôme. La guerre semble être inconjurable tant les chemins qu’elle peut prendre sont nombreux. Elle est tant la suite de la politique que ce qui la précède. Pouvons-nous dire alors que la politique engendre la guerre ? que la guerre engendre la politique ? L’un et l’autre fonctionnent ensemble. A un moment de l’histoire, un prendra le relai qui en s’adoucissant, se terminant, laissera la place à son compère marquant l’histoire humaine dans la conflictualité.

Metal Gear Solid V, si le jeu traite du cycle de haine (en citant aussi une phrase célèbre de Nietzsche « il n’y a pas de fait, il n’y a que des interprétations » qui serait à elle seule un autre angle d’analyse) qui dans sa finalité est l’enfoncement dans la violence, rejoint le désir mimétique et le ressentiment car la haine qui engendre la violence prend ces deux paramètres qui comme nous l’avons vu agissent aussi en danse macabre l’un et l’autre ; il reste à se saisir de la réflexion pour que le questionnement aboutisse. Il n’est pas un concentré de philosophie et rappelons-nous qu’une œuvre effectivement subversive ne serait pas diffusée. Dans cette optique, le jeu d’Hidéo Kojima ne répond qu’à une transaction commerciale effectuée à un moment si on ne prend pas le temps d’y réfléchir, d’analyser.

Hidéo Kojima a conçu un jeu traitant de la guerre et appelant à plusieurs concepts pour aborder la réflexion. Peut-être n’a-t-il pas connaissance du désir mimétique mais sans en avoir connaissance, sans en mettre le terme précis dessus, il est une chose que l’on conçoit et prend corps dans le sujet proposé par l’œuvre présente tout comme le ressentiment et bien d’autres. Ainsi René Girard a vu par exemple dans le récit de Don Quichotte ce Mensonge romantique et vérité romanesque par rapport au désir mimétique.

La philosophie implantée en jeu et un des rouages de l’action dans le scénario que l’on nous propose, contribue à une pierre de réflexion d’un l’idéal d’un monde en paix, ici proposé par l’armement massif de toutes les nations, en comprenant aussi les groupuscules terroristes. Chercher à contredire et comprendre l’entrelacement, dans un tissu plus ou moins complexe, la complexité d’un concept, d’une idée, ce qu’elle engage pour s’en saisir pour qu’il ne reste qu’à en faire quelque chose, à saisir la chose à visée réflexive.

La violence est un tissu complexe qu’il faut comprendre pour la conjurer intelligemment, pour s’en prémunir.

L’utopie, en quelque sorte que cherche à bâtir Skull Face, une utopie par la destruction ou du moins par la potentialité d’immenses destructions (si nous ne nous concentrons pas sur son autre plan jumeau qui est celui de détruire une langue) révèlent que la violence de celles-ci, des pouvoirs de destructions donnés, ne peut qu’engendrer une violence plus forte à chaque fois ; une recherche d’un nouveau palier dans la violence afin de l’emporter sur un rival dans une boucle mimétique infernale qui ne prendrait fin qu’à l’anéantissement d’une des parties engagées.

La violence se nourrit sans cesse du dessein des exerçants jusqu’à un point de rupture. Elle constitue le monde des hommes qui la porte en poids, la nourrie de ses vengeances, de ses vendettas en de terribles cycles. Ils la porte en poids tout en s’en servant comme pierre de Caïn.

4 réflexions sur “Metal Gear Solid V : l’utopie par la terreur de la destruction ?

  1. Une analyse pertinente sur l’œuvre d’Hideo Kojima. La guerre et l’arme nucléaire restent les principaux thèmes de la série Metal Gear. D’ailleurs, le sujet du « nucléaire » est bien plus impactant lorsqu’on est Japonais. Tous les personnages de la série sont en souffrance et portent des valeurs et des idéologies biaisées.
    PS : C’est possible d’avoir des phrases un peu plus courtes et moins morcelée ? 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Salut merci pour ton commentaire 🙂
      Oui on m’a fait la remarque sur cet article, ce n’est peut-être pas le meilleur un terme d’écriture ^^’

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