Chasse sauvage, Odin, roi de la nuit et retour du refoulé

Chasse sauvage, Odin, roi de la nuit et retour du refoulé

 

Si l’imaginaire de Game Of Thrones marque autant, joui d’une vivacité si forte, c’est peut-être parce qu’il fait ressortir des mythes ancestraux qui se sont répendus dans le monde occidental telle une trainée de poudre et où leur survivance se trouve aussi aux États-Unis par l’immigration de peuples ayant emporté avec eux leur culture maternelle qui les a bercé et construit.

Ainsi le récit de Georges R.R. Martin A Song Of Ice And Fire s’en retrouve imprégné et se retranscrit dans la série qui en est son adaptation : Game Of Thrones.

 

 

Le roi de la chasse sauvage

Dans la série, un personnage effrayant, implacable, promet à son approche un hiver éternel au monde des hommes : le roi de la nuit. Sorte de démon-divinité engendré il y a des millénaires afin de donner un avantage décisif dans une guerre opposant les premiers hommes aux enfants de la forêt. La créature a cependant perdu tout contrôle et s’est retournée contre ses créateurs tuant, et ces derniers et ces premiers, à l’aide d’une armée de cadavres. Ce n’est qu’en faisant front commun que les deux ennemis ont pu vaincre ce monstre, ou plutôt le refouler au loin dans les contrées les plus éloignées de Westeros, comme un mauvais souvenir.

Dans la série le roi de la nuit signe son grand retour avec une armée de morts plus conséquente que jamais fonçant droit devant elle sans interruptions, faisant de chaque nouveau cadavre, partie intégrante d’une armée en croissance à chaque défunt.

Cette armée de morts fait écho à un mythe vivace sur le point culturel, celui de la chasse sauvage.

Ce mythe trouve à fortiori naissance dans les mythes ayant bercé la Scandinavie avec la croyance en des divinités telles que Thor, Tyr, Loki ou encore Odin. Odin, Dieu important de la cosmogonie nordique, est celui qui guide la chasse sauvage dans un vacarme infernal accompagné des vierges Walkiries et guerriers décédés qui ont au préalable rejoint le Wahalla, la demeure des guerriers tombés au combat. En plus de corrélation entre des mythes indo-européen selon les chercheurs (pour exemple, nous pouvons soulever le fait que la chasse sauvage ou compagnonnage guerrier fait redoutablement penser aux Maruts parcourant le ciel au son du tonnerre). Cette histoire s’est rependue au-delà des frontières de la Scandinavie pour atteindre l’Europe et bien plus tard les Etats-Unis. Bien sûr à travers temps, territoires et cultures, le mythe a subi des modifications jusqu’à devenir une armée de morts fauchant les vivants sur son chemin les nuits sombres de tempêtes. En France, la mesnie d’Hellequin semble en être l’un des lointains dérivés selon les chercheurs. Une armée de morts venant d’un autre monde, conduite par un ténébreux personnage auquel peu réchappent. Une armée d’ailleurs conduite ou pas par quelqu’un… parfois le diable, parfois Hellequin, parfois un personnage encapuchonné ; le mythe est multiforme en apparence mais le fond reste globalement le même : des défunts reviennent, chassent des vivants de façon tonitruante.

A ce titre, le roi de la nuit semble être le Hellequin de Westeros. Il revient avec son armée de trépassés pour faucher ces vivants se guerroyant entre eux. Nul n’échappe à la marche infernale et silencieuse ; à contrario de la mesnie ou de la chasse qui se fait bruyamment, au son des tempêtes, c’est peut-être là la principale différence. La forme n’est pas en exactitude dans la série notamment du fait qu’en lui se joint le retour du refoulé.

 

 

Victime émissaire et retour du refoulé

Pour le roi de la nuit, comme beaucoup de mythes selon l’anthropologue René Girard, tout a commencé par un sacrifice en réponse à une crise. Dans les sociétés archaïques, lors d’une violence trop importante un bouc émissaire est désigné comme responsable des malheurs de la société. Son expulsion, son meurtre, ramène la cohésion au sein de ladite société. Dans Game Of Thrones la chose trouve des similarités principalement dans la victime émissaire.

Un individu a été désigné, non comme responsable de la crise comme le dit Girard, encore que cela ne soit pas précisé car le pauvre homme sacrifié n’a rien demandé mais sa mort doit amener la résolution de tous les problèmes. Dans le cas de la série d’une guerre entre deux camps, le sacrifice doit résoudre la crise en cour. Ce processus a longuement été analysé par l’anthropologue comme inhérent à de nombreux mythes dans lesquels, en fond, le but était de conjurer la violence gangrénant une société. Ils sont les récits de l’expulsion d’une violence, la justification du processus engendrant le bouc émissaire.

La série, très surement inconsciemment, reproduit le même schéma dans le récit se jouant en face de nous. La différence est que l’individu sacrifié ne meurt pas vraiment, le sacrifice a pour but de le métamorphoser en monstre (processus de la montée des extrêmes : plus l’ennemi est monstrueux, violent, plus l’opposition s’évertue à être plus violente encore. Ici la figure du monstre la représente lié en plus au meurtre d’un innocent) mais il ne finira pas par résoudre la crise, il l’amplifiera en finalement désignant et ses créateurs et leurs ennemis comme ses propres ennemis.

Ceci avant de se faire refouler au loin de tous et quasi oublié pour ne devenir qu’une vague légende flottant dans des régions reculées ; colportée par des personnes un peu trop superstitieuses. La terre de Westeros a ensuite pu suivre son histoire jonchée de trahisons, de sang et de guerres.

Mais comme le fait comprendre la psychanalyse pour l’individu, le refoulement ne l’est jamais ni totalement, ni éternellement. Ainsi le retour sur tapis de neige foulée par son armée de cadavres ambulants, du roi de la nuit. La victime émissaire revient, donnant vie à tout ce qui a été étouffé par les vivants.

En plus de refléter la chasse sauvage, le roi de la nuit et son armée c’est aussi une peur ancestrale qui se manifestait à la période d’Halloween. Cette fête est une fête chrétienne, ses racines Celtes sont très lointaines et quasi effacées par la réappropriation de l’Église. Elle est venue se calquer sur le Samhain qui était, elle, bien une festivité celtique où selon la croyance, la frontière entre les deux mondes celui des Dieux (le Sidh) et celui des hommes devenait poreuse. La période d’Halloween et ses festivités (toussaints, jours des morts) est venue se mettre sur la période du Samhain. Au fil des années, de l’implantation du christianisme, la religion celte subit le sort de nombreux autres et devient païenne ; divinités et rites sont soit transformés (passage de Samhain à Halloween qui a été inventé de toute pièce pour un objectif de conversion des peuplades selon certaines théories même si des recherches indiquent qu’il n’y a pas de preuves formelles pour les valider) soit diabolisés.

Quoi qu’il en soit cette période de l’année était pour les religions archaïques synonyme de passage, de passages des morts pour certaines (il faut signaler que les origines d’Halloween sont tout de même bien plus complexes selon René Zeebroek). La chose est que, ce moment de l’année pour les croyants est le moment d’un passage possible, si pour les celtes les morts n’étaient pas de mauvais augures, pour les chrétiens le retour des morts est une terreur sacrée (qui d’ailleurs ne touchait pas les premiers chrétiens selon Emmanuelle Gallienne) car cela veut dire que les défunts sont des pécheurs, des personnes mauvaises ; ils tourmentent les vivants, rappellent ce qu’ils veulent oublier.

Les morts, tant avec les festivités honorant les défunts que dans Game Of Thrones, font remémorer les cadavres oubliés, la mortalité humaine, toute vie perdue dans les guerres ; cela principalement dans la série de HBO.

Des plans fonctionnent à cet égard, ceux où le roi de la nuit fait se relever à nouveau les morts ou lors de la bataille de la longue nuit avec ces seigneurs Stark décédés depuis trop longtemps qui reprennent possession des lieux. Désormais tout le monde se souviendra des morts. Comme le retour d’une mémoire, de souvenirs trop mauvais pour y penser, refaisant surface avec violence.

Le sacrifié pour résoudre la crise, la victime émissaire utilisée pour mettre fin à une guerre vient aussi montrer l’inutilité du sacrifice car les violences ont toujours continué, ainsi sa puissante armée d’innombrables morts.

 

La mort définitive du roi de la nuit répond à son tour à la logique d’Halloween (j’utilise le terme pour généraliser les festivités de cette période) ou de fêtes celtiques si nous remontons loin (en Bretagne par exemple, empreint de culture celtique ; durant cette période des histoires racontent que les rues grouillent de revenants). Puis le jour se lève, la mémoire est revenue, le refoulement qui s’est figuré dans le roi de la nuit, victime innocente, a été combattue, les morts peuvent repartir dans l’autre-monde. La chasse sauvage qui ici était liée au refoulement et à la victime émissaire rappelant les horreurs, peut se terminer.

Voilà que s’en vont les esprits venus d’ailleurs à la levée du jour où les hommes vont pouvoir sortir en sécurité de chez eux ; mais comme l’histoire humaine, la leçon s’avère de courte durée car les cadavres vont ensuite à nouveau joncher le sol. Peut-être « le rompu » saura garder cette mémoire.

 

 

Odin le rompu

La chasse sauvage n’est pas le seul mythe scandinave imprégnant l’univers de Game Of Thrones. Odin est encore une fois présent par l’intermédiaire de Bran.

Dans la mythologie nordique Odin a de nombreux surnoms : le Grimé ou le Masqué (Grímnir), le familier des chemins (Vegtamr), le bon conseiller (Gagnráðr), celui qui sait beaucoup de choses (Fjölsvinnr)…etc. Il est tant dieu souverain, dieu de la fureur, dieu des poètes pour ne citer que ces attributs. Il est aussi un dieu ayant la sagesse et la connaissance du monde dont l’omniscience est assurée par les voyages de deux corbeaux : Huginn (l’esprit, la pensée) et Muninn (la mémoire) ; faisant ainsi de la divinité nordique le dieu des corbeaux.

Si le roi de la nuit à pour lui la chasse sauvage, celui que l’on surnommera « le rompu », Bran Stark, prend le côté sage d’Odin. Comme lui, il verra le monde à l’aide de corbeaux qui lui rapporteront tout ce qu’il se passe en Westeros et plus loin encore. Bran possède lui d’innombrables corneilles qui l’informe de tout à sa guise, le rompu est la mémoire du monde et la pensée tel Odin avec Huginn et Muninn sur ses épaules lui rapportant tout évènement du monde, rien ne lui échappe. Il est le sage, il est « celui qui sait beaucoup de choses ». En lui se rangent en harmonie histoire passée et présente.

 

Notons aussi quelque chose sur Bran, c’est qu’en devenant la corneille à trois yeux, celui qui connait désormais l’histoire du monde et qui voit tout, ne possède plus de désir. C’est une chose importante car, le désir est bien souvent mimétique comme l’exprime dans ses thèses l’anthropologue René Girard à propos de la violence. C’est parce que quelqu’un désir une chose que je la désire et, désirant la même chose, la personne devient mon rival ; ainsi la naissance de la rivalité au centre des guerres de Game Of Thrones. Un personnage veut le pouvoir, un autre le veut aussi mais ce pouvoir ne se partage pas, alors le conflit né. La violence répond à la violence qui croît à chaque instant proportionnellement au degré de violence et de fourberie du rival. Ici est une vérité romanesque. Les personnages de Game Of Thrones sont en course pour un seul et même objet (pour la plupart), le trône de fer. Cette multitude de désirants sur un seul, un unique objet, ne peut que se transformer qu’en guerre terrible.

Ces désirs se lient qui plus est à d’autres plus petits mais toujours liés à un ou des rivaux. Le choix de Bran Stark personnage n’ayant plus de désir, étant devenu la mémoire du monde, connaissant de manière absolue l’histoire et par son parcourt devenu un mythe rassembleur (lié à la famille Stark qui a tenu têtes aux morts, rassembleur des royaumes du nord face à cette menace, famille martyre de la guerre des sept des royaumes, Bran devenu handicapé à cause des rivalités, des désirs des autres ; il est aussi un voyageur allé là où personne n’est allé), prend tout son sens. Il est un roi qui ne mettra pas à feu et à sang le monde pour ses propres désirs, cela se sera peut-être les autres mais connaissant l’histoire dans ses moindres détails, aura très surement la possibilité de conjurer les conflits avant même qu’ils n’arrivent. Ne dit-on pas que l’histoire se répète ? Bran est une première dans l’histoire du trône de fer, un homme aux pouvoirs immenses, sans désirs, tel le maître éclairé de Kant.

 

 

Dieux scandinaves, les American Gods

L’imprégnation de mythologie nordique dans Game Of Thrones n’est pas étonnante. Ces mythes ont énormément voyagé, muté au fil du temps, des déplacements de populations, au contact des autres mythes, des autres cultures…etc.

Les États-Unis sont une terre dont désormais la majorité de la population vient d’Europe. Les migrants, dans la fuite de leurs pays pour diverses raisons (persécutions, famines, opportunités…etc.) ont apporté avec eux leur culture. Ce n’est pas par magie que les États-Unis sont à majorité protestants. Cette branche en opposition au catholicisme et au christianisme s’est développée en Europe au XVI ième siècle suite aux 95 thèses (entre autres) de Luther. Les protestants chassés de leurs royaumes respectifs (les anglicans, huguenots, quakers…etc.) ont fui vers les colonies américaines. Ces différents dérivés du catholicisme sont ainsi arrivés dans le Nouveau Monde, supplantant les croyances des amérindiens.

Les amérindiens ne croyaient évidemment pas aux mythes bibliques, ils possédaient leur propre mythologie devenue minoritaire à la suite du génocide qui les a quasiment balayé pour être enfermés dans des réserves. Les dieux vénérés sont toujours là mais les cultes en leurs faveurs sont moins vivaces.

Avec l’arrivée massive de différents peuples (français, irlandais, écossais, hollandais, russes, scandinaves…etc.), les États-Unis se sont retrouvés avec en son sein toute une cosmogonie extrêmement vaste qui échoue dans la pop-culture ; en démontre le voyage auquel nous invite American Gods.

 

La série et le livre met en scène de nombreuses divinités issue de toutes aussi nombreuses cultures en faisant clairement comprendre que s’ils ont échoué sur ces terres du Nouveau Monde, c’est parce que ce sont les peuples qui les y ont amené. Par les échangent entre les hommes, se transmettent de vielles traditions séculaires quand d’autres s’évanouissent ou encore finissent par alimenter tout un imaginaire collectif, un inconscient collectif. Ils subissent les modifications du temps pour parfois devenir de simples héros de comics-book à l’image de Thor.

Toutefois, il semblerait que ce soient les dieux scandinaves qui ait eu l’impact le plus important (protestantisme mis à part) de par sa grande représentation dans l’imaginaire américain (les films et comics-book Thor où apparaissent la plupart des dieux nordiques ; American Gods, La légende Beowulf, The Mask, God Of War…etc.). Cette empreinte nordique est peut-être dûe à l’immigration massive des populations qui, bien que christianisées pour certains, ont continué à véhiculer ces légendes ancestrales en comptant aussi l’intérêt américain pour l’imaginaire guerrier.

Rien d’étonnant alors pour Game Of Thrones, dans cet imaginaire ambiant, cosmopolite, que des figures scandinaves ressurgissent du moins de manière parcellaire. La mondialisation des cultures fait qu’aujourd’hui ces mythes survolent bien plus aisément les frontières, se transmettent plus facilement de contrées en contrées.

Les cultures s’influencent les unes les autres, assimilent ou oublient, transforment souvent les récits dans la muabilité des mythes. La chasse sauvage peut faire cas d’école de mythe changeant, se transformant. En France elle ne comporte pas moins d’une cinquantaine d’appellations ayant aussi des changements dans ses récits. Elle est présente dans la plupart des pays d’Europe (pour l’exemple, le jeu vidéo polonais The Witcher III : Wild Hunt l’a remise au goût du jour en proposant au joueur d’affronter cette horde venue d’un autre monde), aux États-Unis et dans les régions indo-européennes.

Le mythe odinique s’insuffle dans la série, séparé en deux : d’un côté la chasse sauvage (à savoir si c’est exactement le mythe odinique et non un dérivé de cette cavalcade d’Odin ou Marut ; quoi qu’il en soit la chasse sauvage fait partie intégrante des mythes scandinaves si elle ne remonte pas jusqu’à de vieux mythes indo-européens où le compagnonnage guerrier était aussi connu) ; de l’autre la sagesse du dieu voyageur accompagné par ses corbeaux. Game Of Thrones est un des reflets de l’imaginaire américain (faut-il aussi souligner que ce monde fantaisiste comporte aussi d’innombrables dieux ?) aux dieux cosmopolites, multiples, tantôt vivaces tantôt oubliés, en perpétuelle guerre sont ces American Gods et Game Of Thrones n’y échappent pas.

 

L’Amérique est syncrétique, elle diffuse des mythes transformés mais d’un côté assez brut pour les reconnaitre dans un pays âgé de seulement 300 ans. Ce n’est pas qu’en Amérique où les vieux mythes ont échoué. Ils ont été propagés, ils ont voyagé au-delà des frontières avant même qu’elles ne soient conceptualisées avec nos royaumes et Etat-nations. Leurs propagations au gré de l’histoire, des déplacements, des contes racontés, cette diffusion sans bornes révèle que la culture n’est autre que métis.

 

 

Florentin BEUZE

 

 

 

 

Bibliographie :

Samhain, Halloween : la nuit et les esprits en bretagne et pays celtiques – Daniel Giraudon

 

Anthropologie de la mort et de la fin de vie — Gilbert Coyer

 

Dieux et mythes nordiques – Patrick Guelpa

 

Le Corbeau dans la culture scandinave, adaptation au monde et connaissance supérieure — Didier Lafargue (temporel.fr)

 

Walter (Philippe), ed. Le mythe de la chasse sauvage dans l’Europe médiévale — Jean Verdon

 

Resistance ou transformation ? La trajectoire d’une fête — Renaud Zeebroek

 

Pour une démystification d’Halloween — Florent Christol

 

Une parole rituelle dans la chevauchée fantastique de la Mesnie Hellequin — Phillipe Menard

 

Chasse sauvages et cavaliers du ciel ou « les mythes se parlent entre eux ! » — Yvan Etiembre

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